LARS VON TRIER

 

SON CADRE FAMILIAL

PREMIERS VERS L'ART

L'ECOLE DU CINEMA

LE CINEMA SELON VON TRIER
LA PATTE VON TRIER
LE DOGME 95

Manifeste du dogme 95

L'ARGENT

THEMES RECURRENTS

LARS VON TRIER ET LE CINEMA

EN BREF

FILMOGRAPHIE

SOURCES

 

 

CADRE FAMILIAL

Né le 30 avril 1956 à Copenhague (Danemark), où il vit encore aujourd'hui. Il vit d'ailleurs dans la maison familiale. Il a toujours eu du mal à la quitter, et a toujours finit par y revenir. Elle est une sorte de repère, de refuge.
Issu d'une famille de bourgeois, ses parents étaient de hauts fonctionnaires. Son père était social démocrate et sa mère plutôt communiste. Mais la politique n'a pas l'air d'avoir eu beaucoup de poids lors de son enfance.
Sa mère, Inger Trier voulait que son enfant soit un artiste et un être qui se construit par lui-même. Elle est allée jusqu'à faire un enfant dans l'adultère avec un homme qu'elle pensait porteur de gènes artistiques (parce que dans sa famille, beaucoup étaient « artistes »). Elle n'a fait cette révélation à son fils que sur son lit de mort. Alors qu'elle basait toute l'éducation de son enfant sur l'authenticité, la liberté, la sincérité. (Sûrement une des raison pour lesquelles on trouvera souvent dans ses films le thème récurrent de la trahison).

Lars Von Trier a donc connu une « éducation libre ». Dès son plus jeune âge, il devait décider seul de sa vie, de ses actes, de son argent. Par exemple, il devait prendre en charge sa santé : quand il estimait qu'il était nécessaire d'aller chez le dentiste, il y allait. Ni son père ni sa mère ne l'auraient amené d'eux-mêmes. Il n'avait donc aucune autorité à laquelle se référer, pour le guider ou le rassurer.
A l'école, sa confrontation avec le monde extérieur n'en a été que plus violente. Sa vie était totalement différente de ses camarades. Il ne croyait en aucune autorité et a finalement quitté l'école avant la fin de la scolarité obligatoire. En effet il s'y ennuyait ferme, ne supportait pas que les instituteurs lui disent quoi faire, quoi lire, quoi penser. Il s'y sentait même tellement mal qu'il avait de fortes migraines et une impression horrible de claustrophobie. Finalement un jour il parle de son trouble à ses parents qui lui répondent : « Ne te laisse pas faire, lèves-toi et pars ». Ce qu'il finira par faire... Il terminera sa scolarité à domicile, par precepteur, mais pendant trois ans il n'étudiera plus, il passera son temps à "glander", peignant de temps en temps, et buvant du vin blanc au bord d'un ruisseau. Sa mère trouvait cette situation normale. Il suivra ensuite des cours par télé-enseignements et obtiendra son baccalauréat.
Pendant ces années de troubles, de manque de repère il essayera de se trouver une place dans le monde, une communauté à laquelle appartenir. Ayant un père juif, il se tournera donc vers cette religion, mais sans en devenir un pratiquant modèle (il n'est allé qu'une ou deux fois à la synagogue), il s'identifiera à la communauté judaïque, et adolescent se promènera dans les cimetierres juifs une calotte vissée sur le crâne. Mais, lorsqu'il apprendra que finalement son père n'était qu'à demi juif, il laissera peu à peu cette communauté et finalement trouvera sa place en tant que Danois, tout simplement.
Son père meurt lorsque Lars a 18 ans.

PREMIERS PAS VERS L'ART

Inger Trier pousse (dans l'ombre) son fils vers les arts, notamment le piano, puis l'encourage dans la peinture. Mais c'est vers l'âge de 10-12 ans qu'il découvrira sa véritable vocation grâce à une caméra super 8 familiale grâce à laquelle il crée ses premiers films.
A travers la création d'univers, il assouvit son besoin de décrire sa propre réalité. Ainsi, il fuit de ce monde dans lequel il étouffe, où il y a trop de règles qu'il ne comprend pas. En filmant, il crée une vie où il peut contrôler les choses qui semblent incontrôlables dans la vraie vie.
A 17 ans il tente d'entrer à l'école du cinéma de Copenhague, sans succès. Il n'avait aucune expérience concrète dans le monde du cinéma si ce n'est les quelques films créés en super 8 (Le voyage de Squashland, 1967 – film d'animation d'une minute), un rôle dans une série télévisée à 12 et 13 ans (L'été mystérieux, 1968).
Il entre donc à la fac. Il adhère à une association de cinéastes amateurs : Filmgrupp16. Il a alors accès à du vieux matériel de tournage. Il finit ses films grâce à des petits boulots, il décroche notamment grâce à son oncle (documentariste professionnel reconnu) un travail de conseiller à Statens Filmcentral. Il y visionne des films réceptionnés et dit s'ils méritent d'être pris en distribution. Ce travail lui permet surtout d'avoir accès, le soir, aux salles de montage et à monter ses propres films. C'est à cette période qu'il crée ses deux premiers « vrais » films : Le jardinier d'orchidées et Menthe-la-bienheureuse. Ce dernier a été intégralement tourné en français, Lars Von Trier ne parle pas cette langue mais avait été fasciné par Indian Song de Marguerite Duras.
Dans Menthe-la-bienheureuse, il réinterprète Histoire d'O de Pauline Réage. (Lars Von Trier s'inspirera encore de la préface de ce livre signée par Jean Paulhan pour son film Manderlay).
Le jardinier des orchidées est tiré d'un roman que Lars Von Trier avait écrit mais qui n'a jamais été publié.

L'ECOLE DE CINEMA

Finalement il retente d'entrer à l'école de cinéma, et grâce à la présentation de son film Le jardinier d'orchidées, et l'originalité de son travail lors de l'épreuve artistique (quelques heures pour filmer et présenter un court métrage).
C'est sûrement à cette période que Lars Trier ajoute la particule Von à son nom. Ce Von vient d'abord d'une anecdote familiale: le grand-père de Lars s'appelait Sven Trier et signait de l'abréviation Sv. Trier. En Allemagne le "v" a été assimilée au Von (Herr Von Trier).
Lars Trier a peut-être commencé à ajouter la particule Von lors de la production d'un autoportrait, mais en tout cas, il l'a effectivement utilisée lors de ses études à l'Ecole de Cinéma de Copenhague. Personne ne s'interessait particulièrement à ses films étant donné leurs caractères "rebelles" par rapport aux cours donnés par les professeurs de l'école, mais intrigués par ce Von Trier, ils venaient voir son travail.

Cette particule Von séduit également Lars Trier par référence à d'autres artistes ayant utilisés cet ajout "noblisant". Le côté disjoncté et orgueilleux de Strindberg (auteur de mademoiselle Julie) qui signait ses lettres "Rex" durant sa crise d'"Inferno" à Paris.
En jazz également, certains musiciens s'amusent à détourner les titres : Duke, Count... etc...
Des réalisateurs comme Sternberg et Stroheim ont rajouté des Von fictifs à leurs noms, ce qui les a peut-être distingué de la masse hollywoodienne.
Finalement cette particule c'est peut-être "être quelqu'un", d'emblée.

Lars Von Trier n'avait pas l'impression d'apprendre grand chose pendant les cours théoriques. Trop didactiques, ceux-ci analysaient les techniques et lui donnaient trop impression de lui dire quoi penser de tel ou tel film. Il sera souvent pris de terribles aigreurs d'estomac et d'angoisses qu'il « exprimera » en créant des films contre les préceptes enseignés à l'école.
Un de ses professeurs ira même jusqu'à détruire un de ses scénarios : un adaptation comique et vulgaire de la philosophie dans le boudoir. L'école ne pouvait pas seulement refuser un tel travail, elle ne pouvait carrément pas le tolérer, et refusait obstinément qu'un tel scénario soit associé à l'école.

A cette école de cinéma, il va surtout rencontrer ceux qui seront ses plus proches collaborateurs sur les tournages par la suite.
Tom Elling, peintre et opérateur. Tourné plutôt vers le symbolisme, il voulait mettre en avant dans les films le langage métaphorique. Ainsi, dans les films fait avec Von Trier ils essaieront de mettre du contenu symbolique. Ils travaillaient aussi sur le visuel, la plasticité de l'image (ils mouillaient, badigeonner d'huile les décors pour les rendre plus visibles), ils patinaient les meubles. Le travail sur le style est très important : trouver des formes, des plans innovants qui ont un sens. Pourtant, Lars Von Trier se montre méfiant par rapport au symbolisme. Il ne veut pas que l'on donne un sens à une image, il préfère qu'elle existe telle qu'elle avec toute sa force, et que si elle doit symboliser quelque chose pour quelqu'un oui, mais ne pas dire : regardez, attention, là c'est du symbolisme. Il ne faut pas chercher à tout prix à déchiffrer les symboles parce qu'alors ils perdent de leur force.
Tomas Gislason, monteur. Il travaillait notamment beaucoup sur le eye-scanning (le point sur lequel l'oeil focalise lors du passage d'un plan à l'autre doit se trouver au même endroit dans le cadre). Procédé technique notamment pas mal utilisé dans un film comme The Element of Crime.
Niels Vorsel, scénariste. Rencontré lors du tournage de Images d'une libération où il était acteur, Niels Vorsel était avant tout écrivain avant de devenir le co-scénariste de Trier sur beaucoup de films. Ces trois hommes allaient à l'encontre des théories de l'Ecole de Cinéma de Copenhague : ils partaient de la technique pour trouver l'inspiration.

LE CINEMA SELON VON TRIER

Sa "patte" de réalisateur : il espère que chacune de ses images contient une pensée. Son cinéma n'est pas gratuit, n'est pas du postiche ou de la poudre aux yeux, même s'il reconnaît lui-même que parfois il en a fait un peu trop.

LA PATTE LARS VON TRIER

Lars Von Trier a de fortes exigences artistiques et techniques, mais il n'hésite pas non plus à remettre en question son cinéma. Peut-être aussi est-ce dû au fait qu'il n'aime pas refaire trop les mêmes choses. Une lassitude qui parfois met ses projets en péril.
Tout au long de sa filmographie, il s'est toujours posé des contraintes techniques (la création du dogme en est un exemple concret). Ces contraintes, au lieu de l'empêcher de créer, lui donnent une sorte de vitalité, une envie de relever des défis, et souvent le résultat est très fort.

On pourrait diviser sa filmographie en plusieurs périodes. Un peu comme pour les peintres, donc il faut naviguer dans son cinéma comme dans une galerie.
Il y a eu un moment où il privilégiait les plans fixes, sans aucun panoramique pouvant donner des repères au spectateur, situer l'action, ou tout simplement pour corriger le cadre. Il imposait à sa caméra un regard droit, tout en lignes verticales ou horizontales, privilégiant les travellings. Les premiers films ont d'ailleurs une ambiance très irréelle, avec de grands paysages qui peuvent laisser le spectateur dans l'incertitude.
Il passe parfois par des styles plus expressionnistes comme dans le film Europa où il met des écritaux en toile de fond derrière son personnage principal – le mot werwolf pour tout décor. Ou encore le héros qui fait une course contre la montre, et à l'arrière plan, on peut voir une horloge géante. Ce style venait pour beaucoup de l'influence de Tomas Gislason. Et aussi inspiré de références cinématographiques comme La nuit du chasseur, de Laughton.

Lars Von Trier adore bidouiller, trouver lui-même des procédés techniques afin d'obtenir le plan qu'il souhaite. Et parfois, au détour d'un plan, il s'amuse à montrer la technique mise en place (ainsi dans le reflet d'un miroir filmé, voir un caméraman). Von Trier aime le côté artisanal des effets spéciaux. Le numérique et le travail en post-production à plutôt tendance à l'ennuyer (découlera certainement de cet état d'esprit la mise en place des dogmes).

Les génériques des films de Trier sont toujours très succints, avec souvent uniquement le titre et le nom du réalisateur (MedeaEuropaBreaking the waves). Il aimerait pouvoir créer un générique de début qui plonge directement le spectateur dans l'ambiance et l'histoire du film (un de ses modéles du genre est Psychose de Hitchkock). Comme il ne sait pas comment faire, il n'en fait pas.
Pour luin un générique de film peut être un élément très pertubateur car il donne au spectateur un rappel vers la réalité (le nom des comédiens par exemple). Dans le même sens Lars Von Trier accorde énormément d'importance à ses premiers plans.

Souvent il situe ses films dans une époque donnée, il utilise des procédés tel que la précision de dates et de lieux au début d'une histoire, ou lors de changement de "chapitres". Cet effet lui permet de donner un certain poids à ce qui va être dit, une sorte de réalité. (procédé qui avait déjà été utilisé dans Psychose par Hitchkock, ou dans les téléfilms télévisés aujourd'hui comme X-Files, Cold Case).
Il utilise d'ailleurs souvent un style qui fait penser à un documentaire (très prononcé dans Breaking the waves – les interviews d'acteurs sur leurs personnages dans Les idiots...). Ce côté enquête, document, permet aux films de ne pas sombrer dans le mélodramatique ou de devenir trop étouffants.
Il rend également l'intrigue plus énigmatique en la situant à plusieurs niveaux temporels silmutanés. Lars Von Trier aime travailler sur la mémoire, il est fasciné par ce que l'esprit retient du passé et ce qu'il en ressort. (Admire d'ailleurs le film Providence, D'Alain Resnais)

Lorsqu'on regarde sa filmographie, on peut s'apercevoir qu'il a déjà à son action trois trilogies :
Autour de l'Europe, les trois "E" : The Element of CrimeEpidemicEuropa
Autour du "coeur" : Breaking the wavesLes idiots - Dancer in the Dark
Autour des Etats-Unis : DogvilleManderlayWasington

Lars Von Trier explique qu'il aime faire des trilogies parce que celà lui permet de décliner un sujet sous plusieurs formes, sous différents angles, et d'affiner son propos. Et puis, cette répétition donne le temps au public d'accepter, de comprendre son travail.
Dans les trilogies, Trier trouve une certaine légitimité. Sans parler du fait que ce procédé permet de faire acheter trois films à un producteur au lieu d'un seul... C'est peut-être aussi, consciemment ou non, encore un clin d'oeil à Ingmar Bergman (sa trilogie autour de dieu par exemple : A travers le miroirLes communiantsLe silence)

Lars Von Trier est également un des rares réalisateur a souvent tenir lui-même la caméra. Depuis le tournage de Les Idiots, il a prit goût à manier tout seul les images, les angles. Car parfois, les techniciens sont trop qualifiés et cherchent toujours l'image parfaite. Mais Lars Von Trier aime aussi les imperfections, elles permettent de donner une authenticité à ce qu'on voit. Face à ça, il trouve toujours un moyen d'amener un peu de distanciation dans ses films, souvent par l'esthétique (par exemple les décors très épurés de Dogville). Peut-être pour ne pas faire complètement adhérer le spectateur au film, qu'il garde un regard critique, qu'il se rende compte qu'il voit une oeuvre et non la réalité. On comprend alors pourquoi quand on regarde une de ses productions on oscille toujours entre rêve et réalité.

"Un film doit être comme un caillou dans la chaussure."

Lars Von Trier n'aime pas alléger les choses, les rendre plus acceptables ou innocentes (par exemple dans le scénario de Medea, Dreyer avait écrit la scène de la mort des enfants juste en les faisant s'endormir. Lars Von Trier montre Médée dans toute sa folie meurtrière, elle pend ses enfants, se faisant même aidé de l'aîné pour tuer les plus jeunes.)
Lars Von Trier est extrème, lorsqu'il a une idée du comment faire, rien ne peut l'empêcher de le faire. Il lui arrive souvent sur ses films d'être en conflit avec l'équipe technique, certains vont même jusqu'à quitter le tournage tant ils ne comprennent pas ce qu'il fait. Lars Von Trier ne voit d'ailleurs pas le metteur en scène comme simple superviseur, mais comme manipulateur. Il doit parvenir à faire croire aux membres de son équipe que ce sont eux qui ont tenu à être là, qu'ils y sont biens. Il lui arrive même d'utiliser l'hypnose sur les plateaux afin de vraiment contrôler ce qui se passe et que tout se passe bien. Par exemple, sur le tournage de Epidemic, un acteur, Michael Gelting, doit dire un long texte immergé dans un cours d'eau pratiquement jusqu'à la tête. Le comédien avait peur d'oublier son texte. Le réalisateur l'a donc hypnotisé pour lui faire croire que de se plonger dans cette eau serait très agréable et que le contact avec cet élément allait l'aider à retenir son texte. L'acteur soulagé à parfaitement jouer sa scène. (Dreyer aussi aurait eu l'habitude d'avoir recours à l'hypnose lors de ses tournages).

Avec le temps et notamment à partir du tournage de la série télévisée L'hôpital et ses fantômes, Lars Von Trier cesse de considérer les acteurs comme de simples pions. Il rejette la stylisation extrème.
Le déclic est venu notamment grâce à l'intervention de Tomas Gislason. Celui-ci avait vu et admiré le travail de Barry Levinson sur la série télévisée Homicide. Il appréciait surtout les premiers épisodes qui étaient très originaux de par leurs formes, (au fur et à mesure des épisodes, la réalisation est devenue de plus en plus classique). C'est à partir de là que Lars Von Trier va commencer à changer sa façon de filmer et de travailler avec les comédiens.

C'est à partir de Medea qu'il commencera à filmer des paysages, à tourner dans des décors naturels. Une ambiance qui aujourd'hui lui rappelle certains films de Kurosawa. Il continuera dans cette veine "naturel" avec Breaking the waves notamment.

A partir de L'hôpital et ses fantômes il laisse tomber son désir de contrôle absolu sur les choses et les gens, et laisse des ouvertures vers le jeu du hasard. Il cherche alors à donner de la place à l'interprétation des comédiens en leur laissant du temps pour improviser.
Sur L'hôpital et ses fantômes, il demande aux acteurs de rejouer plusieurs fois la même scène mais en changeant leurs intentions et leurs positions (tout en restant assez cohérent par rapport au personnage ou à l'action). Et c'est au montage que Lars Von Trier récupèrera les plans qu'il trouve parfaits ou interessants.
Sur Les Idiots, Lars Von Trier laissait la caméra tourner pendant plus de quarante minutes qu'ensuite il réduisait à seulement 2 ou 3 minutes au montage.
Il passe beaucoup de temps avec les acteurs, parlant avec eux de leurs propres expériences, de leurs souvenirs. Ils s'en sert sur le tournage ensuite pour trouver avec l'acteur la bonne émotion.
On remarquera que dans ses films post-dogme, Lars Von Trier use énormément des gros plans sur les visages, comme au plus près de la douleur/joie. Lars Von Trier a toujours cherché l'authenticité dans ses productions, et c'est sûrement depuis qu'il part des véritables émotions des comédiens qu'il y parvient le mieux. Etant donné qu'à partir de là il attache de l'importance aux comédiens et veut qu'ils apportent eux aussi leur pierre à l'édifice, il préfère s'entourer de personnes réellement motivées par ses projets. Dès qu'il sent qu'une personne n'a pas vraiment envie de participer à l'un de ses tournages, il n'insiste donc pas. Ainsi il aurait avoir Gérard Depardieu et Helena Bonham-Carter dans Breaking the waves mais devant leur manque d'enthousiasme, a préféré faire passer des castings pour trouver et à trouver l'actrice Emily Watson et l'acteur Stellan Skarsgard.
Dans ses films, il étudie l'âme des gens.

Evidemment impossible de parler de Lars Von Trier sans parler du Dogme.

LE DOGME

Le Dogme a été créé par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg en réaction au cinéma contemporain, et notamment le cinéma à gros budget (pour ne pas dire le cinéma américain...). Ce n'était pas un manifeste contre ce cinéma là, mais plutôt une contre-proposition, pour montrer qu'il existe un autre cinéma.
Les règles du Dogme 95 s'inspirent en grande partie du cinéma issu de la Nouvelle Vague, des années 60 et du New American Cinema, et de certains réalisateurs (John Cassavetes pour les Etats-Unis ; Bo Widerberg pour la Suède ; Ken Loach pour l'Angleterre).
Le but était, par les règles techniques strictes de donner une nouvelle liberté aux réalisateurs. Par le peu de moyen donné, le metteur en scène s'affranchissait d'une certaine lourdeur et d'enjeux importants alimentés par les moyens techniques (par exemple : faire de belles images est obligatoire quand on a les moyens de le faire).
Juste après la signature de ce manifeste cinq films sont sortis portant la signature du Dogme 95 :
Festen, de Thomas Vinterberg (1998)
Les idiots, de Lars Von Trier (1998)
Mifune, de Soren Kragh-Jacobsen (1999)
Le roi est vivant, de Kristian Levring (2000)
Lovers, de Jean-Marc Barr (1999)
Julien Donkey-Boy, de Harmony Korine (1999)

Aujourd'hui beaucoup de cinéastes tentent le défi Dogme 95, même si très peu parviennent à atteindre la popularité de Festen et Les Idiots.
En 2006, on compte pas moins de 134 films estampillés Dogme 95. On peut en retrouver la liste complète sur le site officiel du Dogme 95 : http://www.dogme95.dk/
On pourra également voir que le manifeste n'intéresse pas que des cinéastes scandinaves, il attire des réalisateurs du monde entier (Danemark, Allemagne, Espagne, France, Etats-Unis, Mexique, Italie...). En voici quelques-uns :
Italian for beginners, de Lone Scherfig (2001)
Strass, de Vincent Lannoo (2001)
Open hearts, de Susanne Bier (2002)
Gypo, Jan Dunn (2005)

A travers cette expérience, et le tournage de Les Idiots, Lars Von Trier a pu constater que le peu de mise en place technique permettait aux acteurs de se sentir plus libres, ils étaient aussi plus naturels et plus en confiance. Ils n'attendaient plus plusieurs heures que toute l'équipe technique soit en place, d'être maquillés ou de devoir se mettre à tel endroit bien précis.

Manifeste du dogme 95

DOGME 95 est un collectif de réalisateurs fondé à Copenhague au printemps 1995. Son but avoué est de contrer certaines dérives du cinéma contemporain.
DOGME 95 est une action de sauvetage ! En 1960, il y en avait assez ! Le cinéma était mort et appelé à la résurrection. La Nouvelle Vague, avec des slogans d'individualisme et de liberté, a produit certains travaux. Mais le cinéma antibourgeois est devenu lui-même bourgeois, car il se fondait sur des perceptions bourgeoises de l'art. La conception d'auteur n'était qu'une version bourgeoise du romantisme et, en tant que tel, fausse ! Aux yeux de DOGME 95 le cinéma n'est pas individualiste ! Aujourd'hui la tempête technologique fait rage, et le résultat sera la démocratisation ultime du cinéma. Pour la première fois, n'importe qui peut faire des films. Mais plus les médias sont accessibles, plus l'avant-garde est importante. Et ce n'est pas un hasard si le mot avant-garde a une connotation paramilitaire. Car la discipline est la réponse... Nous devons faire des films en uniforme, parce que le film individualiste est décadent par définition !
DOGME 95 s'élève contre le cinéma individualiste, à travers une série de règles nommée le VOEU DE CHASTETE. En 1960, il y en avait assez ! Le cinéma était dévoré par les artifices, disait-on, mais depuis l'utilisation de ces artifices a décuplé. Le "suprême objectif" des cinéastes décadents est de tromper le public. Devons-nous être fiers ? Est-ce que tout ce que nous avons retenu de ces cent ans de cinéma ? Des illusions servant à communiquer des émotions ? Grâce à la tricherie d'un artiste isolé ? La prévisibilité (la dramaturgie) est devenue le veau d'or autour duquel nous dansons.
Justifier l'action par la vie intérieure des personnages semble trop compliqué et pas "de bon ton". Les intrigues et les films superficiels sont plus que jamais portés aux nues. Le résultat est stérile ; une illusion de pathos et d'amour. Pour DOGME 95, le cinéma n'est pas illusion !
De nos jours règne une tempête technologique : l'artifice est élevé au rang de divinité. A l'aide de ces nouvelles technologies, n'importe qui pourra, à n'importe quel moment, supprimer les derniers soubresauts de vérité dans l'étreinte étouffante du spectaculaire. Les illusions sont ce derrière quoi le cinéma peut se cacher. DOGME 95 va à l'encontre du cinéma d'illusion à travers l'ensemble des règles irrévocables qui forment le VOEU DE CHASTETE.

Le voeu de chasteté

Je jure de me soumettre aux règles suivantes : établies et confirmées par DOGME 95 :

1.Le tournage doit avoir lieu en extérieurs. Accessoires et décors ne peuvent être fournis (si un accessoire particulier est nécessaire à l'histoire, il faut choisir un des extérieurs où se trouve cet accessoire).
2.Le son ne doit jamais être produit séparément des images et vice-versa. (Il ne faut pas utiliser de musique, sauf si elle est présente là où la scène a lieu).
3.La caméra doit être tenue à l'épaule. Tout mouvement – ou immobilité – faisable à l'épaule est autorisé. (Le film ne doit avoir lieu là où la caméra est placée ; c'est le tournage qui doit avoir lieu là où le film a lieu).
4.Le film doit être en couleur. L'éclairage spécial n'est pas acceptable. (S'il y a trop peu de lumière, la scène doit être coupée, ou bien il faut monter une seule lampe sur la caméra).
5.Trucages et filtres sont interdits.
6.Le film ne doit contenir aucune action superficielle. (meurtres, armes etc, en aucun cas)
7.Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites. (C'est-à-dire que le film a lieu ici et maintenant).
8.Les films de genre sont inacceptables
9.Le format du film doit être un 35 millimètres standard.
10.Le réalisateur ne doit pas être crédité

De plus, je jure comme réalisateur de m'abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m'abstenir de créer une "oeuvre", car je considère l'instant comme plus important que la totalité.
Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l'action. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques.
Ainsi je prononce le VOEU DE CHASTETE.

Publié à Copenhague le lundi 13 mars 1995, signé Lars Von Trier et Thomas Vinterberg.
Distribué lors du colloque "le cinéma vers son deuxième siècle". ET LES AUTRES

L'ARGENT

Il a souvent eu des soucis avec les structures de productions danoises. Il aime tourner ses films en anglais (voir même avec des acteurs étrangers), parce que tous les films qu'il admire sont en anglais, il a toujours associé bon cinéma et anglais. Et aussi parce qu'il voulait exporter facilement ses films à l'étranger. Mais les financements pour un film danois s'obtiennent justement pour mettre en avant la culture danoise, tourner en anglais va à l'encontre de celà. Du coup, Lars Von Trier avait parfois des soucis avec ces formalités pécunières.

Après le succès de The Element of Crime, Lars Von Trier refuse un contrat Bernd Eichinger de la société Neue Constantin Film. Il lui proposait un salaire mensuel conséquent mais en échange Von Trier devait avoir son aval avant de faire les films qu'il voulait et il lui était interdit de passer par un autre producteur. (Orson Welles avait signé un contrat similaire, ce qui l'a empêché de travailler pendant des années.)

Un de ses projets The Grand Mal n'a jamais vu le jour. En effet, Lars Von Trier avait besoin d'une grosse somme pour tourner ce film, et Claus Kastholm Jensen de l'Institut du film danois ne proposait que la moitié de l'argent demandé. Du coup Lars Von Trier a conclut un marché avec Jensen : il fait un film avec un tout petit budget, et grâce à l'argent économisé il peut complèter la somme déjà prêtée par l'institut... Et il tourne donc Epidemic. Seulement, une fois Epidemic terminé, Lars Von Trier est lassé par son propre projet, ça fait trop de temps qu'il est dessus. Il a envie de passer à autre chose, et donc, le laisse de côté.
La même lassitude a faillit empêcher le tournage de Breaking the waves, il a obtenu les aides pour le tourner quatre ans après avoir écrit l'histoire. De réécrire le scénario a permis à Lars Von Trier d'y trouver de la nouveauté et de lui redonner l'envie de le filmer.
Finalement, après avoir encore eu du mal à trouver des financements rapidement pour son film Europa, Peter Aalboeck Jensen qui était producteur sur ce film voulait continuer à financer les prochaines productions de Lars Von Trier, mais pour ça il avait besoin d'une véritable structure. C'est là qu'ils ont décidé de monter Zentropa (le nom vient du nom de la compagnie pétrolière dans le film Europa), leur propre société de production.

Il est également quelquefois passé par des commandes de films publicitaires qui lui ont permis par la suite de renflouer ses caisses. Mais il essaye le moins possible, il trouve ce travail très ennuyeux étant donné que ce sont les publicitaires qui donnent l'idée et le réalisateur doit seulement l'appliquer.

THEMES RECURRENTS

Des thèmes reviennent souvent dans le cinémat de Lars Von Trier, en voici quelques-uns.

la trahison. Notamment la femme qui trahit, Lars Von Trier a été trahi par sa propre mère, il trouve que la trahison d'une femme est en soi plus glauque parce qu'une femme est une mère dans l'inconscient collectif. Et la trahison d'une mère est dramatique dans le sens où c'est à elles qu'on fait le plus confiance. Si on ne peut pas leur faire confiance, c'est une tragédie.

Le changement d'identité et le transfert de culpabilité (The Element of CrimeDogville).

La lutte entre le Bien et le Mal. Lui-même ayant été élevé loin de ces concepts très forts, il trouve toujours très intéressant de poser cette question, de faire bouger ces principes immuables. Du coup, on retrouve très souvent dans ses films des personnages humanistes qui croient en l'homme, qui ne veulent pas se poster par rapport à des a priori, et pour ses personnages, ça fait finit toujours mal. Et même très souvent c'est eux-même qui accentuent ou provoquent le Mal final.

L'hypnose. Dans les films eux-mêmes, Lars Von Trier fait revenir des effets qui ont une sorte d'effets hypnotiques sur le spectateur.
The Element of Crime
: le thème de l'hypnose est un postulat, une illusio, un faux semblant.
Epidemic : l'hypnose s'exprime réellement, d'une manière documentaire et organique.
Europa : L'idée de départ était de parvenir à hypnotiser le spectateur.

Le pouvoir, les abus de pouvoir. Dans ses films Lars Von Trier décrit souvent des structures de pouvoir, il décortique, montre des institutions contre lesquels bien souvent un personnage se bat (bien souvent son "humaniste" qui finalement perdra la bataille) Le pouvoir de l'argent est abordé dans Europa. Le pouvoir des médecins, leur abus de confiance dans L'hôpital et ses fantômes. Le pouvoir des autorités religieuses dans Breaking the waves.

Le sacrifice. On retrouve souvent dans ses scénarios des personnages qui donnent tout, parfois jusqu'à leurs vies, pour sauver quelqu'un ou quelque chose. (Dancer in the darkMedeaBreaking the waves). Le sacrifice, pour Lars Von Trier, c'est une manière de donner un sens à sa vie. Une vie creuse qui alors trouve une raison d'être.

LARS VON TRIER ET LE CINEMA

Lars Von Trier est un grand amateur de cinéma. Ils aiment les films qui apportent des nouvelles techniques, qui sont en recherche, et qui parviennent à trouver des plans fantastiques. On peut trouver pas mal de citations, de plans-hommages, dans beaucoup de ses films.
Ainsi, il parle dans ses influences des films de Tarkovski, notamment Le Miroir (voir le film Images d'une libération : l'utilisation des couleurs et de la musique).
Portier de nuit de Liliana Cavani a également beaucoup inspiré Von Trier (L'hôpital et ses fantômes).
Les enfants du capitaine Grant (Disney) inspire les plans produits sur The Element of Crime et les scènes finales d'Europa (les enfants et animaux réfugiés dans un baobab).
L'utilisation des voix off dans beaucoup de ses films (DogvilleThe Element of Crime - Europa), un climat irréel onirique qui viendrait des ambiances films noirs (Raymond Chandler) ou à Marguerite Duras.
Les films de Trier suit également la tradition des films noirs qui tournent souvent autour de portraits de femmes. Il admire des réalisateurs comme Pasolini (TheoremeSaloLes mille et une nuitsLes contes de Canterbury) et Fassbinder (BerlinAlexanderplatz). L'acteur Udo Kier, qui a vécu plusieurs années avec Fassbinder a d'ailleurs joué dans plusieurs films de Trier.
Il trouve que le cinéma réalisé par des homosexuels a permis de faire avancer le cinéma, parce qu'ils se démarquaient de ce que l'on avait l'habitude de voir.
Orson Welles
, évidemment, dont on peut retrouver des traces de La soif du mal dans The Element of Crime (tourné dans un no man's land, entre cauchemar et réalité).
Lars Von Trier a également pioché dans le magnifique La nuit du chasseur, de Laughton pour quelques plans de Europa (la mort noyé du personnage principal Leo – lorsque Leo regarde les étoiles couché sur du foin). Une imagerie onirique mise d'autant plus en avant par l'utilisation de retro-projection (que l'on peut déjà voir dans le film de Orson Welles : La dame de Shangai).
La chanson "Pirate Jenny" (thème de la vengeance) de l'Opéra de Quat'sous de Brecht l'aurait inspiré pour l'écriture du scénario de Dogville.
Manderlay quant à lui serait tiré de la préface de Jean Paulhan du livre histoire d'O de Pauline Réage. Dans cette préface J. Paulhan parle de la révolte des Noirs sur l'île de la Barbade, en 1838. Ceux-ci demandaient à retrouver leur statut d'esclave. Les clichés de Jacob Hodt (écrivain et photographe) pris lors de son voyage à travers les Etats-Unis ont également beaucoup inspiré Lars Von Trier pour sa saga américaine. On voit d'ailleurs quelques-uns de ces clichés lors des génériques de fin des films.

Il a du mal à trouver des films contemporains qui lui apportent un nouveau regard sur le cinéma, ou un regard intéressant. Ainsi il n'hésite pas à dire qu'il n'a pas apprécié Brazil de Terry Gilliam, qu'il a trouvé Delicatessen de Jeunet, superficiel et maniéré, et que Peter Greenaway ne fait pas un travail intéressant.

EN BREF

Lars Von Trier vit désormais dans la maison de son enfance, un havre de paix, un lieu de sécurité, loin de l'étranger qui lui provoque claustrophobie et angoisses, ce qui malheureusement va à l'encontre du caractère ambitieux du réalisateur qui aurait aimé connaître l'opportunité de percer mondialement (et peut-être de conquérir les Etats-Unis). Est-ce pour celà que pour ses derniers films, il a fait une saga américaine (DogvilleManderlayWasington) avec des actrices hollywoodiennes reconnues (Nicole KidmanBryce Dallas Howard, fille de Ron Howard). C'est d'ailleurs avec son film au casting le plus populaire qu'il a connu le prix le plus unanime : Dancer in the dark, avec la chanteuse ultra connue Björk et une des actrices françaises les plus appréciées même outre-atlantique, Catherine Deneuve.

Sa saga américaine est aussi une façon pour lui de dire ce qu'il pense des Etats-Unis, un pays qui fait partie intégrante de sa culture, et de celle d'une grande partie du monde. Lars Von Trier se sent concerné par beaucoup de choses qui se passent dans ce pays, et comme il ne peut pas aller y voter, il fait des films. Et puis, aussi, certainement, parce que les américains, eux, ne se gènent par pour faire des films sur des pays dans lesquels ils n'ont jamais mis les pieds (Casablanca), et qu'il est intéressant de leur renvoyer l'ascenseur...

Les diverses maladies issues de l'angoisse et du stress (migraines, aigreurs d'estomac, claustrophobie) ont donc peut-être étaient des obstacles aux rêves ambitieux de Lars Von Trier, mais comme des règles techniques strictes, ces maux lui ont sûrement permis de redoubler d'imagination et de sortir des films aussi magnifique. "Si je ne canalise pas mon énergue dans un travail créatif, je me trouve directement confronté à mes angoisses".

Aujourd'hui encore Lars Von Trier pose son cinéma en résistance aux courants esthétiques populaires, il cherche des voix nouvelles pour faire bouger le cinéma, découvrir, faire vivre. C'est un cinéma de prise de risque. (comme Carl Theodore Dreyer) C'est un cinéma d'introspection, d'autocritique, de nouveauté et de provocation. Des films qui perturbent le spectateur, qui le déplacent dans sa notion de film, et l'obligent à lui aussi se poser des questions.
"Découvrir une vision nouvelle du monde repoussant ses propres limites et poussant le public à faire de même"
, Stig Björkman (Lars Von Trier, entretiens avec Stig Björkman).

Lars Von Trier est actuellement sur un projet parallèle aux tournages de ses films : Le projet "Dimension" a été commencé en 1992 et devrait se terminer en 2024. Un film pour lequel chaque année est tournée deux minutes. Le scénario n'est évidemment pas complètement définit. Lars Von Trier à travers ce projet veut filmer sa petite famille du cinéma au long des années. Réussir un film où le temps jouent vraiment son rôle. Et à cette époque où Lars Von Trier imagine cinq à six fois par jour sa propre mort (phobique du cancer), il dit lui-même de ce projet : "[...] me faire croire que j'ai la vie devant moi." (Les entretiens avec Stig Björkman).

Il rêve également de faire un jour un film en un seul plan séquence : "évoluer dans un vaste paysage et, peut-être, pénétrer dans certains décors."

Lars Von Trier est à mon sens un grand cinéaste parce qu'il n'hésite pas à aller très loin dans ses idées, à se poser lui-même des contraintes pour l'obliger à "déplacer" son cinéma. Il se lance des défis et parvient toujours à donner beaucoup d'intensité à ses idées. Après être passé par une époque où seul l'esthétique avait de l'importance (The Element of CrimeMedea), s'être ensuite obligé à se diriger vers un rapport plus libre avec les acteurs et moins "professionnel de l'image" (Les idiotsBreaking the waves), avoir complètement revisité la comédie musicale (Dancer in the dark) pour lui rendre hommage, et parvenir à lui donner une vraie modernité, s'être aventurer sur des plateaux de théâtre (DogvilleManderlay), avoir osé la série télévisée (L'hôpital et ses fantômes), il continue encore à enrichir son style et sa filmographie avec prochainement un film de genre : l'horreur (Antichrist) dans lequel il va essayer de montrer que le monde a été créé par le diable et non par dieu.
Lars Von Trier nous promet encore beaucoup de surprises et de merveilles, on l'attend avec impatience !

FILMOGRAPHIE

Courts métrages : De 1967 à 1971, tournés en super8 d'une durée variant entre une et sept minutes :
Le voyage à Squashland

Bonne nuit, ma chérie
Une expérience débile
Un jeu d'échecs
Pourquoi fuir ce dont tu ne peux t'échapper ?
Une fleur

Le jardinier d'orchidées, 1977 – 37min – 16mm – N/B
Production
: Lars Von Trier ; Filmgrupp16 – Scénario : Lars Von Trier – Opérateurs : H. Jensen ; M. Svane ; H. Kaj ; P. Norgaard ; L. Von Trier – Montage : L. Von Trier – Musique : solo de flûte de H. M. Sondergaard.
Avec L. Von Trier – I. Hvidtfeld – K. Oksbjerg – B. Pelissier – M. Drouzy – Y. Levy – C-H Trier – B. Kopp – J. Hoffmeyer

Menthe – la Bienheureuse, 1979 – 31min – 16mm – N/B
Production
: L. Von Trier ; Filmgrupp16 – Scénario : L. Von Trier (d'après Histoire d'O de Pauline Réage) – Opérateurs : L. Von Trier ; H. Jensen – Montage : L. Von Trier – Musique : Erik Satie
Avec I. Hvidtfeld – A. Linnet – C-H Trier – L. Von Trier – B. Pelissier

De 1979 à 1982, réalisation de films d'études sur pellicule et en vidéo à l'Ecole Danoise de Cinéma (Den Danske Filmskole) :
Produktion I
Produktion II
Exercice vidéo (monologue)
Exercice vidéo (dialogue)
Le film sur le Danemark de Lars & Ole
Produktion III : le deuxième voyage de Marsja
Produktion IV : l'Histoire des deux maris aux épouses trop jeunes
L'exercice danois (Lolita
)

Nocturne, 1980 – 8min – 16mm – N/B et couleurs
Production : Den Danske Filmskole – Scénario : L. Von Trier – Storyboard : L. Von Trier ; T. Elling – Opérateur : T. Elling- Montage : Tomas Gislason
Avec Y. Weisbacher ; A. Gabold ; S. Hojfeldt

Images d'une libération, 1982 – 57min – 35mm – couleurs
Production
: Den Danske Filmskolle - Scénario : L. Von Trier – Storyboard : T. Elling ; L. Von Trier – Opérateur : T. Elling – Décorateur : S. Skjaer – Costumière : M. Rasmussen – Montage : T. Gislason – Musique : W.A Mozart (Quatuor à cordes en ut majeur, K 465, 1° mouvement)
Avec E. Fleming ; K. Olesen

Longs métrages :

The Element of Crime, 1984 – 103min – 35mm – N/B et couleurs
Production : Per Holst/ Per Holst Filmproduktion, en collaboration avec l'Institut Danois du Film. - Scénario : L. Von Trier ; Niels Vorsel – Storyboard : L. Von Trier ; T. Elling ; T. Gislason – Opérateur : T. Elling – Montage : T. Gislason – Musique : B. Holten ; la chanson Der letze Turist in Europa, composée par Mogens Dam et Henrik Blichman
Avec M. Elphick ; E. Knight ; M. Lai ; J. Wells ; A. El Shenawi ; A. Henning-Jensen ; J. Hersko ; S. Larsson ; L Von Trier ; P. Lerdorff Rye ; C. Overby ; M. Behrendt ; M. Rukov

Epidemic, 1987 – 106min – 16mm et 35mm – N/B
Production : Jacob Eriksen/Element Film I/S, en collaboration avec l'Institut Danois du Film. - Scénario : L. Von Trier et N. Vorsel – Opérateurs : H. Bendtsen (35mm) ; L. Von Trier, N. Vorsel, K. Nyholm, C. Holbek Trier, S. Ottesen, A. Gruszynski (16mm ; N/B) – Décorateur : P. Grant – Costumière : M. Rasmussen – Montage : L. Von Trier ; T. Krag – Musique : Wagner (l'ouverture de Tannhäuser) ; la chanson Epidemic, we all fall down, composée par Peter Bach, L. Von Trier et N. Vorsel.
Avec L Von Trier ; N. Vorsel ; C. Kastholm Hansen ; S. Ottesen ; O. Ernst ; O. Ussing ; I. Hansen ; C. Holbek Trier ; S. Ali Hamann ; G. Lind ; U. Kier ; A. Hemmingsen ; K. Hemminsen ; M. Simpson

Medea, 1988 – 75min – vidéo – couleurs
Production : Bo Leck Fischer/Danmarks Radio – Scénario : L. Von Trier (d'après un scénario de C. Th. Dreyer et P. Thomsen, d'après Médée d'Euripide) – Opérateur : S. Brockmann – Décorateur : V. Harper – Costumière : A. Bailey – Montage : F. Nord Svendsen – Musique : Joachim Holbek
Avec K. Olesen ; U. Kier ; L. Glinska ; H. Jensen ; B. Owe ; S. Hojfeldt ; P. Lerdorff Rye ; J. Kilde ; R. Kilde

Europa, 1991 – 113min – 35mm – N/B et couleurs cinémaScope
Production : P. Aalbaek Jensen ; B. Christensen / Nordisk Film, en collaboration avec Gunnar Obel, Gérard Mital Productions, PCC, Telefilm, GMBH, WMG, L'Institut Suédois du Film, L'Institut Danois du Film – Scénario : L. Von Trier et N. Vorsel – Storyboard : L Von Trier et T. Gislason – Opérateurs : H. Bendtsen ; E. Klosinski ; J-P Meurisse – Décorateur : H. Bahs – Costumière : M. Rasmussen – Montage : H. Schneid – Musique : J. Holbek
Avec J-M Barr ; B. Sukowa ; E-H Järegard ; J. Reenberg ; U. Kier ; E. Constantine ; E. Morsk ; H. Jensen ; L. Magnusson ; L Von Trier ; C. Holbek Trier ; H. Perfort ; A. Werner Thomsen ; J. Hersko ; Talia

L'hôpital et ses fantômes, 1994 – série de 4 épisodes (de 63 à 75 minutes)
Production : Ole Reim/Zentropa Entertainments ApS & Danmarks Radio, en collaboration avec la SVT Suède, WRD, ARTE, Nordisk Film & TV-fond – Producteur exécutif : P. Aalbaek Jensen ; I. Tardini – Scénario : L. Von Trier et N. Vorsel – Opérateurs : E. Kress ; H. Harpelund – Costumière : A. Bailey – Montage : J. Thuesen ; M. Malene Stensgaard – Musique : J. Holbek
Avec E-H Järegard ; K. Rolffes ; H. Juul Hansen ; S. Pilmark ; G. Norby ; J. Okking ; B. Raabjerg ; B. Owe ; S. Hojfeldt ; P. Mygind ; U. Kier ; M. Rotne Leffers ; V. Jensen ; H. Jensen ; A. Schelde Ebbe ; O. Brandenburg ; L. Christensen ; M. Munk Plum ; L. Von Trier

Breaking the waves, 1996 – 158 min – 35mm – couleurs – CinémaScope
Production : P. Aalbaek Jensen ; Vibeke Winderlov/Zentropa Entertainments ApS, en collaboration avec Trust Film Svenska AB, Liberator Productions S.A.R.L, Argus Film Produktie, Northern Lights A/S, La Sept Cinéma, Sveriges Television, VPRO Television, avec le support de Nordisk Film och TV-fonds, L'Institut Danois du Film, L'Institut Suèdois du film, L'Institut Norvégien du Film, Dutch Film Fund, Dutch CoBo Fund, Finnish Film Foundation, Canal +, DR-TV, Icelandic Film Corporation, Lucky Red, October Films, TV 1000, villialfa Filmprod OY, Yleis Radio TV-1, ZDF/Arte – Producteur exécutif : L. Jönsson – Scénario : L. Von Trier – Opérateur : R. Muller ; Vignettes : P. Kirkeby (video numérique) – Décorateur : K. Juliusson – Costumière : M. Rasmussen – Montage : A. Refn – Musique : J-S Bach, Bob Dylan, Jethro Tull, T. Rex, Leonard Cohen, David Bowie, Elton John, Thin Lizzy, Deep Purple... etc
Avec E. Watson ; S. Skarsgard ; K. Cartlidge ; J-M Barr ; A. Rawlins ; S. Voe ; J. Hackett ; U. Kier ; M. Gaup : R. Ragas ; P. McCall

L'hôpital et ses fantômes 2, 1997 – 4 épisodes (de 63 à 79 minutes)
Production : Svend Abrahamsen, P. Aalbaek Jensen ; V. Windelov/Zentropa Entertainments ApS, Danmarks Radio-TV Drama, en coproduction avec Liberator Productions S.A.R.L, NRK Norvège, SVT Suède, La Sept ARTE, RAI Cinema Fiction et le programme MEDIA de l'Union Européenne – Scénario : L. Von Trier, N. Vorsel – Opérateurs : E/ Kress ; H. Harpelund – Décorateur : J. Lehmann ; H. Chr. Lindholm – Costumière : A. Bailey – Montage : M. Malene Stensgaard – Musique : J. Holbek
Avec E-H Järegard ; K. Rolffes ; H. Juul Hansen ; G. Norby ; S. Pilmark ; J. Okking ; B. Raaberg ; B. Owe ; S. Hoyfeldt ; P. Mygind ; U. Kier ; E. Wedersoe ; M. Rotne Leffers ; V. Jensen ; H. Jensen ; O. Boisen ; L. Fribo ; O. Brandenburg ; L. Lunoe ; M. Simpson ; L. Von Trier

Les idiots, 1998 – 117min – Tourné en vidéo, gonflé en 35mm film
Production : P. Aalbeak Jensen ; V. Windelov/Zentropa Entertainments ApS, Danmarks Radio-TV Drama, en collaboration avec Liberator Productions S.A.R.L, La Sept Cinéma, Argus Film Produktie, VPRO Television Holland, ZDF/ARTE, SVT-Drama, Canal +, RAI Cinema Fiction 3 Emme Cinematografica, avec le support de Nordisk Film osh TV-Fond – Scénario : L. Von Trier – Opérateurs : L. Von Trier ; K. Nyholm ; J. Jargil ; C. Holm – Montage : M. Malene Stensgaard – Musique : K. Kristensen ; Le cygne de Camille Saint-Saëns, Vi er dem de andre ikke ma lege med (Kim Larsen et Eric Clausen)
Avec B. Jorgensen ; J. Albinus ; A-L Hassing ; T. Lyby ; N. Lie Kaas ; H. Prip ; L. Mesonero ; L. Mieritz ; K. Romer Jorgensen ; T. Michelsen ; A-G Bjarup Riis ; P. Steen ; E. Wedersoe ; M. Moritzen ; A. Hove ; C. Strandberg ; L. Lindorff ; H. Henrik Clemensen

Dancer in the dark, 2000 – 139 min – 35mm – couleurs
Production : Vibeke Windelov, P. Aalbaek Jensen, Zentropa Entertainments 4, Trust Film Svenska, Film I Väst, Liberator Productions, en co-production avec Pain Unlimited GMBH Filmproduktion, Cinematograph A/S, What else ? B.V., Icelandic Film Corporation, Blind Spot Pictures, France 3 Cinéma, Danish broadcasting Corporation, Arte France Cinéma, SVT Drama, Arte/WDR, en collaboration avec Angel Films A/S, Canal +, Film Four, Fine Line Features, Filmek, Constantin Film, Lantia Cinéma & Audiovisi By, Léo Pescarolo, TV 1000, VPRO Television (the netherlands), WDR, Yile TV 1. - Scénario : L Von Trier – Chef Opérateur : L. Von Trier ; Robby Müller – Décorateur : P. Grant – Chef Opérateur son : P. Streit – Montage : M. Malene Stensgaard ; F. Gedigier – Musique : Björk – Costumière : M. Rasmussen – Choregraphie : Vincent Paterson
Avec Björk ; C. Deneuve ; P. Stormare ; V. Kostig ; D. Morse ; C. Seymour ; J-M Barr ; J. Albinus ; TJ Rizzo ; V. Paterson ; K. Falkenberg ; U. Kier ; S. Skarsgard ; L. Michael Dinesen ; Z. Ivanek ; J. Grey ; L Von Trier ; P Steen

Dogville, 2002 – 2h57 -
Production : Vibeke Windelov/Zentropa Entertainments Co-Production : G. Berrie ; B. Brokemper ; L. Borglum ; P. Garde – Producteur exécutif : P. Aalbaek Jensen ; M. Slot ; L. Jönsson – Scénario : L. Von Trier – Directeur de la photographie : A. Dod Mantle – Montage : M. Malene Stensgaard – Chef décorateur : P. Grant – Décoratrice : S. Grau – Costumière : M. Rasmussen – Musique : Vivaldi
Avec N. Kidman ; P. Bettany ; T. Hoffman ; J. Randolph Jones ; M. Purinton ; B. Raymond ; S. Shim ; A. Brobeck ; E. Brinkemo ; T. Lindgren ; E. Lundgvist ; H. Olofsson ; P. Clarkson ; J. Davies ; S. Fallon ; C. Sevigny ; B. Gazzara ; L. Bavall ; S. Skarsgard ; P Baker Hall ; B. Brown ; H. Andersson ; Z. Ivanek ; J. Hurt ; J-M Barr ; J. Caan ; U. Kier ; C. King

De Fem benspaend, 2003 – Documentaire – 100min
Production : Zentropa productions ; Carsten Holst – Producteur exécutif : Peter Aalbaek Jensen ; Vibeke Windelov – Scénario : L. Von Trier ; Asger Leth ; Jorgen Leth – Directeur de la photographie : Dan Holmberg
Avec L. Von Trier ; J. Leth ; A. Vandernoot ; D. Hernandez Rodriguez ; P. Bauchau ; J. Arenal

Five obstructions, 2003 – réalisé par L. Von Trier et J. Leth - 90min Production : Panic
Productions ; Zentropa productions ; Almaz Films ; Wajnbrosse Productions – Scénario : L. Von Trier ; Jorgen Leth ; A. Leth – Directeur de la photographie : D. Holmberg ; Montage : C. Skousen ; M. Hojbjerg ; Musique : H. Christiansen ; F. Nordso ; K. Leth
Avec A. Vandernoot ; P. Bauchau ; J. Leth ; C. Nissen ; M. Algren ; L Von Trier ; D. Hernandez Rodriguez ; J. Arenal

Manderlay, 2004 – 2h19
Production : Vibeke Windelov/Zentropa productions ; Film i Väst – Co-production ; G. Berrie ; H. Balsan ; L. Jönsson – Producteur exécutif : P. Aalbaek Jensen ; L. Borglum – Scénario : L. Von Trier – Directeur de la photographie : A. Dod Mantle – Montage : M. Malene Stensgaard – Chef décoratrice : S. Grau – Costumière : M. Rasmussen
Avec B. Dallas Howard ; I. De Bankolé ; D. Glover ; W. Dafoe ; J. Davies ; L. Bacall ; C. Sevigny ; J-M Barr ; U. Kier ; M. Abiteboul ; G. Bateman ; V. Bramly ; R. Brinkman ; D. Croll ; L. Gideon ; M. Hammond ; G. Holder ; J. Hurt ; E. Idowu ; Z. Ivanek ; T. Kempner ; R. Launspach ; S. Lewellyn ; C. Maquignon ; J. Mydell ; J. Prince ; C. Rowe

The boss of it all, 2005 – 100min
Production : Zentropa Entertainments – Scénario : L. Von Trier – Montage : M. Malene Stensgaard
Avec J. Albinus ; P. Gantzler ; I. Hjejle ; M. Lyhne ; L. Mieritz ; H. Prip ; C. Christensen ; S. Grabol ; A. Hove ; F. Thor Fridriksson ; J-M Barr ; B. Erlingsson Wasington, 2007 - Avec N. Kidman ; B. Dallas Howard

SOURCES

http://www.dogme95.dk/
Lars Von Trier, entretiens avec Stig Björkman (éditions : Les Cahiers du Cinéma, 2000)
Allociné