


Norman
Spinrad
Edition : OPTA - Folio SF
Année : 1972
Pays : Etats-Unis - Royaume-Uni
L’auteur : avant toute chose il me faut expliquer que ce roman est un roman à tiroir. L’auteur, à l’intérieur de son roman en raconte un autre. Et celui là n’est pas banal de part le titre : « le Seigneur du Svastika » mais aussi de part l’auteur un certain Adolf Hitler…..
On va donc rédiger deux biographies : celle de tonton Adolf imaginée par l’auteur puis celle de l’auteur lui-même :
Hitler, écœuré par la défaite de l’Allemagne en 1918 émigre aux Etats Unis en 1919. Il commence à se faire connaître comme illustrateur dans des magazines et des revues de BD. En 1935, il passe à l’écriture de roman de SF, tout en devenant également éditeur de fanzines. La convention mondiale de SF lui décernera en 1955 un Prix Hugo posthume pour « Le Seigneur du Svastika » terminé juste avant sa mort en 1953.
Né en 1940 à New York, Norman Spinrad est l’auteur d’une quinzaine de roman dont « Jack Barron et l’Eternité » et « les Miroirs de l’esprit » deux livres critiquants deux aspects de l’Amérique : le pouvoir des médias et celui des religieux. Exilé en France, où il vit depuis 1988, Spinrad partage son temps entre la France et les Etats Unis. Il reste un auteur de SF engagé qui se sert de ce style de littérature pour critiquer les dérives de son Amérique natale.
L’histoire : Le héros du « Seigneur du svastika », Feric Jaggar est un purhomme, c’est-à-dire un être génétiquement pur que le hasard de la vie a fait naître en Borgravie, nation dominée par les métis, mutants et autres créatures aux gênes douteux. Son rêve ? Rejoindre sa patrie, la République du Heldon, seule nation du monde préservée et dominée par les purhommes. Sa rencontre avec Bogel, le chantre du parti de la renaissance humaine va changer le cours de son destin et faire de lui le héros wagnérien libérateur et purificateur d’une Terre post apocalyptique.
S’en suit la description fidèle de la conquête par la force de tous les pays « contaminés » par les races impures. A grand coup de masse et de crépitement de mitrailleuses, ça dézingue du mutant à tout va. Et Adolf n’y va pas de main morte, c’est du sanglant, de la boucherie au stade industriel à la limite de l’écœurement. Mais la pure race finie par triompher après une dernière bataille toujours plus sanglante.La critique : Au-delà du style très « bourrin et simpliste » de l’auteur Adolf Hitler. Le véritable auteur Norman Spinrad arrive à nous embarquer dans un roman à plusieurs degré d’appréhension.
Le premier apparaît sous une forme de question : pourquoi une telle farce pour décortiquer la montée du totalitarisme en général et du nazisme en particulier ? Tout d’abord par provocation : ce qui pourrait sembler un pamphlet pro nazi (impression qui ne saurait résister plus longtemps que la lecture d’une demi-page) s’avère au premier degré une approche agressive et très infantilisante du sujet et ne peut manquer de provoquer la controverse.
On monte rapidement au second degré : le nazisme n’est t’il qu’un mauvais rêve, le délire enfiévré d’un mauvais écrivain de SF ? C’est ce que démontre Spinrad : oui, c’est un cauchemar de très mauvais goût, qui ne peut prendre forme que dans une très médiocre fiction. Mais pourtant ceci est réellement arrivé !
C’est le troisième degré : c’est arrivé alors que cela aurait du rester du domaine de la SF, une histoire à dormir debout tellement la banalisation d’une telle horreur dépasse l’entendement des humains qui se voudraient « civilisés ». Et les symboles et les mythes les plus simples peuvent parfois porter les idéologies les plus ignobles si on n’y prend garde.
CQFD : c’est là l’avertissement caché du roman : la monstruosité se cachent sous des atours bien innocents et simplistes. Comme on dit : Cette histoire est basée sur des faits réels, seuls les noms des protagonistes et les lieues ont été changés. Et c’est ça le plus effrayant de l’histoire….
A noter pour les férus d’Histoire comme moi, les parallèles entre le véritable parcours d’Hitler jusqu'à son arrivée au pouvoir et celle de Jaggar.
« Féric jeta un regard aux misérables créatures affolées qui vociféraient
sans conviction en brandissant leurs armes dans une piteuse démonstration de
fausse bravoure, puis contempla les formations impeccables et les élégants uniformes
de ses vigoureux Chevaliers et de son élite de fanatiques SS appréciant en connaisseurs
le magnifique contraste qu’ils formaient avec la racaille qu’ils combattaient
».

Les solariens, 1966 ; Le chaos final, 1967 ; Les pionniers du chaos, 1967 ;
Jack Baron et l'éternité, 1969 ; Rêve de fer, 1972 ; Passing
through the flame, 1975 ; Riding the torch, 1978 ; A world between, 1979 ; Chants
des étoiles, 1980 ; La grande guerre des bleus et des roses, 1980 ; Les
miroirs de l'esprit, 1980 ; La dernière croisière du dragon-Zéphir,
1982 ; The process, 1983 ; La der des der, 1985 ; L'enfant de la fortune, 1985
; After the flames, 1985 ; Rock machine, 1987 ; Les années fléaux
(recueil de nouvelles), 1990 ; Le printemps russe, 1991 ; The children of Hamelin,
1991 ; Les avaleurs de vide, 1993 ; Deux ex, 1993 ; En direct, 1994 ; Vamps
(recueil de nouvelles), 1994 ; Journals of the Plague Years, 1995 ; Ligne ouverte,
1996 ; Bleue comme une orange, 1999 ; He walked among us, 2002 ; The druid king,
2004 ; Mexica, 2005